Il était une fois...

L'Islam conquis par le jeu d'échecs

Dans le premier épisode, "La légende indienne", nous avons quitté le Chaturanga en Inde.

Il arrive en Perse sous le nom de Chatrang et enchante les populations. Le Chatrang connait rapidement une très grande popularité. En effet, en 636 de notre ère, le Calife Omar, sous l'impulsion du prophète Mahomet et avant de conquérir la perse, s'établit à Bagdad. Les troupes du Calife, après avoir découvert les attraits du Chatrang, ramènent le jeu à Bagdad.
Nouvellement baptisé Chatrandj, le jeu oppose deux camps: les clairs et les foncés avec pour champ de bataille, 64 cases. Chaque joueur possède un Roi, deux Tours, deux Cavaliers et huit Fantassins. Il y a aussi deux Alfis (les ancêtres du Fou) qui sautent de deux cases en diagonale et les Firzan qui se déplacent d'une seule cases en diagonale. Le gagnant doit paralyser totalement le Roi adverse tout en le dépouillant de toute son armée.

Le Chatrandj connaît, à son tour, une immense popularité. Popularité qui irritera les ultras religieux Sunnites qui voulait imposer une interprétation rigoriste du Coran. Pour eux, les pièces du jeu sont des symboles de la vie et sont contraire au dogme. Pour cette raison, elles sont stylisées pour ne plus représenter des formes humaines.
A noter que le jeu d'échecs connu la censure au XXème siècle en Iran. En 1979, sous l'Ayatollah Khomeiny, les religieux chiites, trouvant alors que les pièces sont encore trop imagées, l'interdirent jusqu'en 2001, date à laquelle il retrouvera sa place avec le régime du Président Khatami (épisode 3 échecs et religions).

épisode 2

Sous Harun Al Rachid, Calife de BAGDAD

Mais revenons aux temps anciens.
Celui où, contes, légendes et histoires font bon ménage.
Harun Al Rachid, célèbre Calife de Bagdad durant les années 766 - 809, qui servit de modèle aux légendes des Mille et une nuit, prend sous sa protection les meilleurs joueurs de Bagdad. Il fait fabriquer des échiquiers précieux. L'un de ces jeux, en ivoire, sera même envoyé à l'empereur Charlemagne.

Premières études de positions 

A la fin du premier millénaire c'est à Bagdad que le jeu va murir. La réflexion prime alors sur l'aspect ludique. On se livre aux premières études de positions. Al-Adli est certainement l'un des tout premiers champions à écrire un traité théorique "Le livre du Chatrandj". Il faut aussi citer Ar-Rasi joueur persan protégé par le Calife et adulé par les joueurs. Il écrit un ouvrage intitulé "L'élégance du Chatrandj" et bat son rival Al-Adli sous l'oeil du Calife.
Le plus grand de ces joueurs auteurs fut peut-être Al-Suli qui fut un modèle pour les amateurs pendant plusieurs siècles à Bagdad et ailleurs. Al-Suli, né dans les années 880 au bord de la mer Caspienne, alterne grands tournois, dont il sort immanquablement vainqueur, et publications théoriques. François le Lyonnais relate dans son dictionnaire des échecs, comment Al-Suli analyse finement un problème d'échecs grâce à une anecdote amusante:
Contre un monceau d'or, un jeune seigneur eut la folie de jouer aux échecs sa belle favorite esclave Dilaram. Réduit à une position désespérée et menacé de mat en un coup, sa vue se trouble, sa tête s'égare, il maudit sa cupidité qui l'expose à perdre une femme qu'il adore. Incapable de se libérer du danger qui le menace, il croit n'avoir plus qu'à se résigner à son malheureux sort. Mais, la belle Dilaram suivait la partie, derrière son voile, elle l'avait étudiée avec soin et, ne désirant pas devenir la propriété de l'étranger, elle s'écrie:
   Oh! mon seigneur, que la joie rentre dans votre âme, sacrifier vos deux rocs (Tours) plutôt que moi, avancez hardiment votre éléphant (Fou), poussez votre pion et votre cavalier donnera le mat!
Un peu incrédule, son maître suivit quand même son conseil, garda l'or et garda Dilaram.
Une dispute avec le nouveau Calife contraint Al-Suli à l'exil laissant la place à son élève favori Al-Lajlal surnommé le bègue. Dans ses ouvrages, on retrouve en introduction, des allégeances à Dieu et la liste des bienfaits que le jeu d'échecs peut apporter à un bon musulman. Malgré la protection du Calife le jeu reste en effet toujours suspect. Certes, il se démarque des jeux de hasard lucratifs formellement interdit par le coran mais il n'est pas recommandé non plus.

Nous retrouverons dans le prochain épisode les suspicions qui entourent ce jeu lors de son arrivée en Europe. Suspicions de l'église mais aussi des Rois...
 

 

 

 

 

 


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